Danielle Vermeulen - NDE et expériences mystiques d'hier et d'aujourd'hui

Rencontre avec Danielle Vermeulen
Propos recueillis par Jean-Michel Grandsire
Revue Parasciences N° 70 - Eté 2008

Danielle Vermeulen
Photo d'Eric Béber - Reporter 18
 

Danielle Vermeulen occupe une place à part dans le milieu des chercheurs préoccupés par l’étude de la survie.
Sa quête, basée sur une recherche objective, a su retenir l’attention des universitaires.
Un fait rare qui mérite d’être souligné !

Elle a accepté de répondre à quelques questions.

Les E.M.I. (entendons par là l’étude des Expériences de Morts Imminentes) constituent le terrain d’étude privilégié de Danielle Vermeulen depuis 20 ans.
Il s’agit de ce que les anglo-saxons désignent sous le terme de « N.D.E. » (Near Death Experience), phénomène connu depuis la plus haute Antiquité et que le psychiatre américain Raymond Moody a popularisé dans les années soixante-quinze, avec le succès mondial de son livre « La vie après la vie ».

Parasciences : L’étude des Expériences de Mort Imminente (E.M.I.) est votre spécialité. Vos recherches remontent-elles loin dans le temps ?

Danielle Vermeulen :
Au départ en 1987, j’étais en licence d’Anthropologie Sociale et Sociologie Comparée à la Sorbonne et en maîtrise de Psychologie Sociale. Mon objet d’étude était : « La représentation sociale de l’assistant social dans la société française » !… J’étais donc loin de ce domaine qui ne m’intéressait pas du tout.
De plus, au plan personnel, j’étudiais le Bouddhisme et notamment le Bouddhisme Tantrique tibétain dont le Bardo-Thödol improprement traduit en « Livre des Morts Tibétain »
Un soir, j’ai lu, par hasard bien que je ne crois plus qu’il existe, le fameux livre du Dr Moody et je me suis demandée : « mais qu’est-ce que c’est que ce bazar, cela rappelle le Bardo ? »

P. : Vous étiez matérialiste à ce moment ?

D. V. Non, pas du tout. Je n’avais simplement jamais entendu parler de tous ces phénomènes. Il faut préciser que ce n’est pas moi qui cours après le paranormal, c’est plutôt le paranormal qui me court après !…
A l’époque, je suivais les cours du Pr Louis Vincent-Thomas qui enseignait l’étude de l’approche de la mort dans notre société. J’étais en maîtrise d’Anthropologie et je commençais à découvrir le comportement de nos contemporains vis-à-vis de la mort et de la croyance à la survie après la mort.
Pour mon mémoire de maîtrise, j’ai entrepris d’étudier l’évolution de cette croyance. Le professeur Louis-Vincent Thomas s’intéressait à mes travaux et c’est sous sa direction que j’ai fait une étude comparative entre la Baghavad Gîtâ hindouiste, le « Livre des Morts égyptien » – qui s’appelle en réalité « Les Chapitres de l’A-venir au quotidien » Reu Per em Rhu, et le Bardo-Thödol tibetain, qui étudie l’entre deux vies, passage de 49 jours entre la mort et la prochaine réincarnation s’il n’y a pas eu au moment de la mort, la suspension de la roue des réincarnations, le samsâra.
J’ai comparé ces textes avec les premiers témoignages d’EMI que j’avais en ma possession. Elisabeth Schneltzer m’a autorisée à mettre en annexe un chapitre de sa thèse pour la partie médicale. Quand j’ai obtenu ma maîtrise avec mention « très bien », devant ce résultat, Louis-Vincent Thomas m’a demandé de le suivre en DEA., ce qui n’était pas du tout dans mes projets. Il a insisté… Et, je suis repartie pour une année d’étude supplémentaire à la Sorbonne. J’ai donc rédigé un deuxième mémoire. Pour cela, je me suis rendue en Brière, afin de faire un travail de comparaison entre la façon dont notre société approche la mort en région parisienne et en province.

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Des hypothèses

P. : Vous avez entrepris votre étude sur une hypothèse précise ?

D. V. : Quand on dépose un projet de thèse, il y a obligation d’émettre des hypothèses. Ma première hypothèse a été de dire que cette expérience pouvait agir à la manière d’un anxiolytique. En d’autres termes, les E.M.I. pouvaient être vécues comme un évacuateur de la peur de la mort puisque le vécu, présenté si beau, donnait l’espoir d’une belle vie de l’autre côté. C’était une hypothèse très pragmatique. Je suis partie, comme on dit, au ras des pâquerettes. Au fur et à mesure que j’avançais dans ma recherche et que les témoignages s’étoffaient – avec tous les cas de figure que j’ai découverts – j’ai dû « revoir ma copie ». Les effets sur les personnes ont été aussi divers que variés et ne se rattachent à aucune règle. Il y a ceux pour qui l’effet a revêtu une grande importance, d’autres, qui ne savaient pas quoi en faire, en cherchaient en vain le mode d’emploi et d’autres qui n’en faisaient rien fait du tout.
Je me garde donc de propos péremptoires qui édictent que les choses se passent comme ceci ou comme cela. Il faut rester lucide face à ce phénomène, garder la tête froide et les pieds sur terre et veiller à ce que sa propre idéologie ne vienne pas à interférer dans l’analyse des résultats, ce qui est le plus difficile.
Certains témoignages infirment les conclusions que l’on aurait pu tirer en en considérant d’autres. Il faut une grande humilité dans ce domaine de recherche et se garder des grands mots. Personne ne les comprend, mais ça fait sérieux ! C’est pourquoi, malgré l’impératif universitaire, j’ai voulu écrire cette thèse que vous avez eue le courage de publier, de la façon la plus simple qui soit mais aussi la plus complète possible.

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Je me trouvais devant quelque chose qui dépassait le quotidien le « normal »

Au fur et à mesure que j’avançais dans mon étude, j’ai dû changer de registre. Je me trouvais devant quelque chose qui dépassait le quotidien, le « normal » et je touchais à quelque chose qui était du domaine du transcendantal, du sacré. L’expérience religieuse, comme me l’a dit Louis-Vincent, Thomas, n’était pas mon domaine. »Vous allez glisser sur une peau de banane et vous ramasser » ajoutait-il en riant.
Mais comment en faire abstraction dans un tel contexte ? Autant arrêter immédiatement la recherche.

P. : A propos de religion, certains ont émis l’hypothèse qu’elles auraient pu voir le jour grâce aux témoignages de ceux qui ont vécu des expériences du type E.M.I. Cette idée vous paraît-elle cohérente ?

D. V. : Pourquoi pas, je n’ai pas de réponse à ce sujet, le mot « religion » ayant besoin d’être, tout d’abord, largement explicité.
Une chose est certaine, on ne peut pas faire l’impasse d’une mise en relation avec l’expérience mystique. C’est pourquoi, malgré l’avertissement de Louis-Vincent, je suis donc entrée en DEA d’anthropologie religieuse chez le professeur Michel Meslin et en DEA de philosophie hindouiste et bouddhiste chez le professeur Michel Hulin à la Sorbonne. Grâce à l’intérêt qu’ils ont tous deux, porté à cette recherche et à leur soutien, j’ai pu mener de front plusieurs études, malgré mon travail très prenant d’assistante sociale d’entreprise à la Poste où je gagnais ma vie.
L’entreprise était ardue, énorme mais passionnante. Il m’a fallu faire des choix. J’ai privilégié les mystiques espagnols du XVIe siècle : St Jean de la Croix et surtout Sainte Thérèse d’Avila. Quand on lit son expérience mystique qui figure en annexe du livre, on se trouve exactement face à ce que les témoins décrivent en plein XXe siècle. Les mots sont les mêmes ! A une époque où la religion interdisait tout contact avec les défunts, Sainte Thérèse dit que son confesseur d’Alcantara lui a plus apporté, dans leurs échanges, une fois mort que lorsqu’il était près d’elle de son vivant. Malgré cela, elle ne fut pas inquiétée par l’Inquisition contrairement à St-Jean de la Croix.
Il y a donc eu contact et cela pose des questions.

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Et vos certitudes ?

P. : Cela pose beaucoup de questions, certes, mais, en ce qui vous concerne, avez-vous au bout du compte des certitudes ?

D. V. : Non, absolument pas. Ce que j’ai essayé de faire, c’est de transmettre ce que j’ai entendu au cours de mes enquêtes, sans déformer, de quelque manière que ce soit, ce qui m’était dit. Par exemple, quand quelqu’un me dit « on pourra me dire tout de que l’on voudra, moi, je sais que j’étais mort », je le transmets sans jugement. Je n’ai pas à en faire une interprétation du genre lapidaire « S’il est revenu c’est qu’il n’était pas mort ! ». C’est pourquoi j’ai pris le parti de nommer ces expériences « E.M.R. (expérience de mort retour) » et non EMI car dans « imminent » il y a déjà interprétation de la part du chercheur. A ce moment-là, on se trouve déjà dans une croyance réductrice et non plus dans une attitude scientifique d’étude d’un phénomène dans toutes ses composantes

P. : Peut-on classifier ces expériences ?

D . V. : Effectivement. Je vais vous donner quelques exemples significatifs.
Mais là encore il faudrait sortir de l’attitude réductrice qui consiste à ne vouloir prendre en compte que les E .M.R expérimentées en état de coma, d’arrêt cardiaque etc…, en jetant à la poubelle tous les autres « vécus » éprouvés, notamment en rêve éveillé.
Certes, il est plus acceptable pour les sceptiques et au plan médical de ne s’occuper que de celles-là, mais pour moi, les autres sont toutes aussi intéressantes à étudier car leurs effets post-retour sont tout aussi importants et, en tant qu’anthropologue, c’est ce qui m’intéresse. Ces expériences étudiées dans la thèse mériteraient tout un dossier.

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Des situations dramatiques… et comiques

Par ailleurs, on peut dire aussi que les personnes qui vivent une E.M.R. se retrouvent le plus souvent dans des situations dramatiques mais en même temps parfois comiques.
Voici, le cas d’une personne qui a quitté son corps après un choc violent. Pendant sa décorporation, à côté d’elle, il y avait deux « personnes » qui discutaient et qui se disaient : « Mais qu’est-ce qu’elle fait là, celle-là ? Elle n’a pas à être là du tout ! Il y a une erreur, il faut qu’elle s’en aille ! » Et la personne en E.M.R. d’essayer de leur dire : « mais je suis là, je suis bien, il n’est pas question que je retourne dans mon corps ! » Elle voulait rester et les autres continuaient leur dialogue sans s’occuper d’elle… Soudain, elle réintégra son corps. Cette personne, contrairement à quantité d’autres, quand elle a réintégré son enveloppe physique, s’est retrouvée dans un état d’euphorie totale.
Elle était tombée en dévissant d’un rocher et avait heurté le sol sur les genoux. Un choc brutal ! Ses amis autour d’elle la croyaient morte et voilà qu’elle se relevait d’un coup, comme si de rien n’était en riant ! Elle but un whisky, déjeuna, puis repartit en moto jusqu’à Ajaccio. Pour qui connaît les routes corses, c’était un véritable exploit ! 24 heures plus tard, elle s’est quand même décidée à aller passer une radio, elle avait quelques douleurs et pour cause, elle avait une triple fracture de la rotule ! Les photos qui ont été prises juste après l’expérience la montrent complètement hilare, Nous sommes loin, dans ce cas de figure, de ce qu’éprouvent la plupart de ceux qui reviennent et disent retrouver la douleur physique.
Une autre, en arrêt cardiaque après un passage malencontreux de « colle » dans son cœur, colle qui était destinée à colmater une fissure dans l’artère pulmonaire, se décorpore, part dans un tunnel. Elle aperçoit au bout une lumière. Sa mère, avec qui elle avait toujours eu des relations conflictuelles, se trouve dans cette lumière, les bras tendus vers elle. Surprise, elle s’écrie : « Ah non, si je dois mourir pour la retrouver, je refuse ! » et immédiatement elle réintégra son corps.
Pour d’autres personnes, se retrouver dans leur corps après avoir vécu une expérience mystique incomparable et quasi incommunicable, représente un véritable calvaire. Certaines se disent maintenant à l’étroit dans leur corps, inconfortables, obsédées par l’idée de retourner là où elles sont allées, dans ce qu’elles pensent être le paradis dans l’amour. Pour d’autres, au contraire, elles connaissent maintenant le prix de la vie sur terre et veulent en profiter pleinement dans l’idée récurrente d’être disponibles aux autres, d’aider les autres.
Chaque cas est identique et pourtant unique.

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N’est pas spécialiste qui veut

Vous le voyez, on ne peut jamais dire : les choses se passent comme ceci ou comme cela ou alors c’est que le sujet n’a été qu’effleuré. Force m’a été de constater qu’on ne peut s’improviser « spécialiste en Nde » par une simple étude de quelques cas ou en reprenant des travaux déjà réalisés par d’autres, car il faut sans cesse revenir sur ce qui a été vu, entendu, suivre les personnes dans leur cheminement dans le temps. C’est un travail de longue haleine qui demande de la part du chercheur un grand investissement.
Un autre cas de figure est celui de la personne en arrêt cardiaque, décorporée qui va faire un marchandage après le passage dans le tunnel : Elle se retrouve dans cet univers merveilleux que décrivent tant de témoins, mais là, elle dit à l’Etre de Lumière: « Il faut que je retourne parce que j’ai cinq enfants à élever. Je ne veux pas qu’ils soient élevés par une marâtre, si vous acceptez de me renvoyer, je vous propose que, durant tout le temps qui me sera accordé, d’aider ceux qui en auront besoin ». Comment une personne en arrêt cardiaque peut-elle marchander de manière aussi précise, proposant – cela s’est vu plus d’une fois – un échange de temps sur terre contre une promesse d’aider les autres ?
Depuis son « marchandage », elle a fait un important travail sur elle-même. Je la suis depuis quinze ans. Des dons de voyance se sont développés, elle reçoit des personnes chez elle, mais ne demande pas de paiement. Elle aide considérablement les personnes en dépression suicidaire. Ses enfants sont maintenant élevés, mais elle est toujours là, vingt ans après son expérience, débordée de demandes.
Un troisième cas de figure est celui de la personne à qui l’on impose le retour avec une « mission » à accomplir. Il s’agit de témoigner de l’expérience, de dire qu’elle a rencontré des défunts et de demander instamment aux vivants d’arrêter de pleurer leurs morts qu’ils empêchent ainsi d’être vraiment heureux. Ce qui, évidemment, est plus facile à dire qu’à réaliser !
C’est un cas de figure récurrent.

Tous ces témoignages sont importants et il faut tous les mettre en perspective les uns par rapport aux autres pour mieux les comprendre et les analyser.

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Et le côté obscur ?

P. : Avec-vous rencontré des cas d’E.M.I. « négative » ?

D. V. : J’en ai connu trois. Le premier cas s’est déroulé pendant une anesthésie. Elle fut négative dans un premier temps. La personne essayait de dire au chirurgien qu’elle l’entendait, qu’elle n’était pas endormie. Le chirurgien demandait à ses assistants quel était son groupe sanguin et elle, de « l’autre côté » lui criait « A positif A positif » sans réussir à se faire entendre et pour cause. Elle était totalement paniquée. Puis brusquement sans passer par le tunnel, elle s’est retrouvée, heureusement pour elle, dans une Lumière d’Amour.
Deux autres cas d’E.M.R. négative ont été vécus par des hommes jeunes. L’un revenait d’un mariage passablement éméché et a eu un accident de voiture. Il a, dit-il, vécu l’horreur, le comble de l’angoisse. Au bout d’un an, il a fini dans un état total de dissociation et a été placé en institution psychiatrique pour un temps.
L’autre était un homme, jeune qui avait absorbé des champignons hallucinogènes. Il s’est retrouvé devant – selon ses dires – des juges qui lui ont dit que, s’il recommençait, ils le garderaient auprès d’eux sans aucune chance de retour.
Dans ces cas-là, il n’est jamais question de paix ni d’amour. Ce qui transparaît, c’est une notion de pouvoir. La personne parle, par exemple, d’une extra corporeité qui lui permettait, pendant l’E.M.R ( ?) d’atteindre les confins de l’univers. Elle a le sentiment de posséder un savoir universel, d’être comme Dieu. On est dans une relation de pouvoir et non plus dans une relation d’amour. On est complètement à l’opposé des ressentis des personnes qui vivent des E .M.R positives
A ce propos un des témoins m’a dit que « l’amour, c’est l’âme dans la lumière (our). » Dans mon livre, j’ai consacré tout un chapitre à ce mot « amour « tellement galvaudé qu’il fallait bien tenter de le définir avec un peu précision.

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Les lacunes…

P. : Dans votre enquête, quels cas, cités par d’autres chercheurs, n’avez-vous pas rencontrés ?

D. V. : Je n’ai pas eu d’EMR d’aveugles de naissance ou autres, qui « voient » une fois décorporés. Je n’ai pas eu non plus de cas de meurtriers, ni de suicidés (sauf un seul cas récent qui ne figure pas dans le livre), ni de musulmans. Autrement, j’ai eu beaucoup de chance dans mes recherches avec des témoignages très variés et notamment ceux de témoins ayant vécu deux ou trois EMR dans des circonstances différentes.

P. : Votre postulat de départ était plutôt physiologique. A-t-il évolué depuis ?
D. V. : Bien sûr, tant que l’on abordera le phénomène uniquement dans son aspect médical, on sera, comme l’on dit, « à côté de la plaque «. Je trouve regrettable que l’on reprenne constamment les mêmes explications physiologiques pour réduire un phénomène qui nous dépasse à du connu.
L’important serait d’apprendre aux personnes à gérer ce vécu hors normes. Je connais des témoins désespérés de n’avoir rien pu faire de leur expérience et qui aimeraient en avoir le mode d’emploi. Bien sûr, la clé est en eux, mais ce n’est pas simple. C’est pour cela que je les incite à participer à des ateliers d’échange à condition bien sûr qu’ils ne soient pas manipulés, ce qui pose d’autres problèmes d’ordre éthique.

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Les nouveaux chamans des temps modernes

Ces personnes nous permettent de mener une recherche intéressante, de donner aux autres à réfléchir sur le devenir de l’Homme après la mort. Par la connaissance qu’elles disent avoir acquise du parcours de l’au-delà de la mort, la question suivante s’est posée pour moi : sont-ils les nouveaux chamans des temps modernes ? C’était la dernière interrogation de ma thèse après l’étude du chamanisme sibérien ?

P. : Ils auraient donc, comme les chamans, un rôle social ?

Ce sur quoi je tiens à insister, c’est l’impact qu’ont ces témoins sur ceux qui n’ont pas vécu cette expérience.

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Chacun doit témoigner

A la fin de chacune de mes conférences, je demande aux personnes présentes dans la salle de témoigner par écrit de leur ressenti. J’ai ainsi recueilli plus de cent lettres de personnes qui affirment que l’expérience des témoins est aussi importante pour eux que s’ils l’avaient vécue personnellement, et que cela a changé leur vie du tout au tout. Leur vision profonde de la mort et de la vie en a été bouleversée. Il en est de même pour les réponses au questionnaire qui a été mis en ligne dans le site www.notre-experience.net et dans mon nouveau site www.daniellevermeulen.com

Comme le faisaient les Egyptiens, il faut de son vivant apprivoiser la mort pour vivre la vie. Il n’y a que dans notre société moderne que l’on a mis les choses à l’envers. Il a fallu des millénaires à l’Hominidé pour atteindre l’état d’homo Sapiens-Sapiens actuel en prenant conscience de sa mort et essentiellement en la dépassant par une croyance en une survie de l’au-delà de la mort. Par cette croyance, il se différenciait ainsi définitivement de l’animal mais en décidant que tout tient dans les neurones de sa boîte crânienne, que tout le reste n’est qu’imagination, superstition, il revient, quelque part, au stade de l’hominidé…
Maintenant on peut aussi se poser la question ; l’animal qui n’a pas la possibilité de s’exprimer verbalement, de conceptualiser, n’a-t-il, pour autant, aucune conscience d’un « au-delà » de la mort ?

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Croyances et certitudes

P. : Vous dites n’avoir pas de certitudes, mais, je le subodore, vous avez bien une croyance…

D. V. Bien sûr, je suis un être humain ! Simplement, j’essaie de ne pas faire interférer ma croyance avec mes travaux. Pour utiliser un mot de mon jargon, je dois faire en permanence une réflexion épistémologique sur ce que j’analyse, écris.
Quand on a vécu ce type d’expérience pour ceux qui l’ont vécue, ou que l’on a travaillé dessus durant vingt ans, comme c’est mon cas, on en sort différents. Au cours des années, on se transforme, on réfléchit. Ma difficulté personnelle dans ce cheminement, est de faire la part entre ce que le Bouddhisme m’apporte au quotidien comme mode de vie et de réflexion, et ce que le contact avec cette expérience m’a apporté. Il est clair que j’ai moi-même effectué ma propre herméneutique interne créatrice de sens. Il faut bien terminer par des grands mots !!!!!…

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Ils sont revenus de l'au-dela

Une universitaire leur a consacré toute une thèse

Danielle Vermeulen, retirée à Ajaccio, a publié chez Albiana un document exceptionnel "Récits de l'Entre-Deux-Vies"*. Il lui a fallu sept ans d'étude et de recherches. Elle nous parle des témoignages qu'elle a recueillis de ceux qu'on appelle "les morts-vivants".

Danielle Vermeulen se confie rarement sur elle-même, elle n'en voit pas l'intérêt. Et même dès qu'il est question de son âge, la dame si imperturbablement courtoise, entourée d'un respect qu'elle impose d'un simple sourire, brouille les pistes. Et tandis que vous êtes là, à ramasser les débris de votre curiosité, elle vous regarde gentiment droit dans les yeux et vous fait observer, sans prendre de détours qu'elle tient à mettre en avant "les témoignages de ces gens, leur expérience", socle de son ouvrage, en réalité l'aboutissement de la thèse de doctorat soutenue en 1994 à l'université René Descartes-Paris V "Sorbonne".

Un continent opaque
Humilité du chercheur sans doute, tour à tour sociologue et anthropologue, qui depuis des années se penche sur nos rituels, traque, en particulier, nos comportements face à la mort et s'efforce d'éclairer, dans sa publication, le vaste débat sur l'expérience de mort imminente (EMI) ou mort retour (EMR). Lorsque dans un état de mort clinique, de catalepsie, d'inconscience totale par exemple, des individus nourrissent la conviction d'avoir exploré le continent opaque entre la vie et la mort, sans avoir franchi la frontière fatale. Question de choix selon cette femme confrontée à ce type de situation : "Je passe l'arme à gauche ou pas, c'est à moi de décider. Ce n'est pas moi qui ai inventé cela, c'était comme une vérité qu'on m'assénait".
Au centre de la façon dont l'homme appréhende un phénomène bâti par les siècles, les cultures.
Sa voix s'élève, sobre, feutrée, pour laisser deviner une extraordinaire capacité de concentration. Et puis soudain, au détour d'une phrase, il arrive qu'on surprenne une fulgurante gaîté. Elle reprend : "Mon propos n'est pas de me prononcer sur la véracité de l'expérience de mort retour, de dire "oui, les personnes interrogées ont vécu ou n'ont pas vécu une initiation à la mort "Elles, l'affirment. Laissons-leur au moins ce bénéfice jusqu'à ce que nous soyons capables de prouver le contraire. En outre, personne n'est en mesure d'expliquer scientifiquement, stricto sensu ce phénomène connu depuis des siècles dans de nombreuses cultures y compris la nôtre. Mais il s'agit pour moi de tenter de répondre à la question suivante : Les expériences de mort imminente ou de mort retour sont-elles le nouveau rite d'initiation au mythe de la mort des temps modernes ? Les personnes ayant vécu ce genre d'expérience sont-elles en mesure d'apporter une réflexion, une aide à tous ceux qui sont dans la souffrance de la mort, de la maladie ? Pour eux-mêmes comme pour leur proches ?".
Et c'est en poursuivant ce chemin de recherche anthropologique, où les idées s'enchaînent grâce à des articulations d'acier, en prenant appui sur des mots précis, nuancés que cette questionneuse si attentive aux autres n'hésite pas à briser des silences étouffants. Celui qu entoure d'abord la mort elle-même, "devenue taboue, indicible, impensable, non envisageable au sein des sociétés dites de progrès. Celui, ensuite contre lequel butent les mots saturés de la crainte instinctive de passer pour fou, de l'incompréhension de l'entourage, de l'homme, de la femme dont un épisode de l'existence met la raison à vif. Leur force pourtant, c'est leur honnêteté tranchante.

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"Une lumière extraordinaire"
Danielle Vermeulen observe : "J'ai recueilli la moitié des récits dans l'île. Des témoins continuent à me téléphoner aujourd'hui. Je n'ai jamais croisé d'affabulateurs, toujours des gens équilibrés, honnêtes. Des athées, des croyants, des agnostiques."
Avec un dictaphone, le chercheur enregistre chaque parole ou bien note les phrases sur un calepin puis se livre à leur analyse linguistique. Les gens prennent confiance, transcendent leurs hésitations. Ils trouvent enfin les mots pour le dire. Préfèrent tout de même garder l'anonymat, face à un épisode qui tranche par sa singularité. Dès qu'il est question "de se trouver au-dessus du corps", "de rayonnement très doux d'amour et de lumière" de "bonheur indicible".
L'un des témoins évoque son itinéraire : "A ce moment, je me suis sentie partir et je ne me souviens plus si je suis partie tout droit ou si j'ai plongé dans ce tunnel. Pour moi, je disais le puits, un puits recouvert de lierre et c'était beau et je filais, je filais, j'étais légère, j'étais bien (…) J'ai vu une lumière extraordinaire parce que c'était une lumière argentée très forte mais qui ne faisait pas mal aux yeux. J'avais hâte d'arriver à cela mais je n'ai pas pu.
Un autre confie s'être "senti comme une goutte d'eau dans la mer. Je me fondais dans l'univers. Mon corps avait disparu, je faisais partie d'un tout harmonieux, attiré par cette musique, le chant des sphères et cette lumière. Je me laissais faire".
C'est l'angoisse qui étreint une personne avant de céder le pas à l'impression "d'être lancée vers une autre planète. Une sorte de régression dans le temps à une vitesse extraordinaire et à l'instant où on va aboutir, l'arrêt brusque du phénomène et le retour à la normale qui vous laisse sur votre faim".

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Se forger une nouvelle existence
On sort rarement indemne de ce genre d'incursions. Une dame affirme : "J'étais vraiment consciente que j'étais morte, que j'allais au paradis. J'étais très lucide. La mort ne me fait plus peur. C'est comme si on dormait ". Tour de suite, elle insiste : "C'est important d'avoir vécu cela , car on change sa façon de penser à la mort. Mon père est décédé depuis un an et demi. Cela ne m'a pas choquée de le voir, je lui ai même parlé. J'ai eu des décès de proches très chers, je n'ai pas pu verser une larme,, en sachant ce que j'ai vécu".
Il arrive qu'on retrouve goût à la vie une fois l'événement passé comme ce fut le cas pour cette jeune fille de dix-huit ans, des idées suicidaires chevillées au corps : "Je suis passée par un entonnoir sombre éclairé par des cercles formant une spirale lumineuse comme un néon" et aussitôt s'impose la sensation "de n'avoir pas de corps, l'absence de douleur malgré le visage fracturé en plusieurs endroits".
L'expérience lui insuffle une sérénité inébranlable. "Actuellement, j'ai beau avoir de très gros problèmes, je continue, j'avance, et chaque chose ou instant que je peux apprécier, je les prends". Et pour la grande majorité des témoins, l'impression que le grand virage est pris, qu'on vient de se forger une nouvelle existence, pour confient-ils "aussi venir en aide aux autres".

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Le besoin d'en parler
Un engagement parfois conséquence d'un âpre marchandage. Afin de revenir élever ses enfants, une dame promet : "Que si un jour je devais faire quelque chose pour les autres et que l'on m'octroyait un délai plus long de vie, on pourrait prendre de mon temps. C'est d'ailleurs ce qui se passe en ce moment et je ne m'y oppose pas. Je peux dire que j'ai empêché de nombreuses personnes de se suicider. Ca par contre, c'était formidable".
Danielle Vermeulen excelle à capter ce flux de sensations, la perception, mise en mots, d'un monde qui n'a rien de classique.
"J'ai veillé à retranscrire fidèlement les paroles des personnes interrogées, à l'issue de conférences par exemple. Certains, sont venus à moi spontanément. Ils étaient au courant, sans doute grâce au bouche à oreille, de mon travail de recherche. Un jour une dame m'a rencontrée sur la plage. Elle éprouvait le besoin de parler de son expérience d'EMR, survenue quinze ans plus tôt. Jusque-là, elle s'était tue" se souvient Danielle. Avant de nous entraîner dans un foisonnement de pistes ouvertes, explorées, balisées par une analyse ample, riche et claire, par une langue simple et élégante. Loin d'une démarche scientifique bardée de certitudes et de jargon.
Autant le dire, la lecture de "L'Entre-Deux-Vies"*, une œuvre hors normes, nécessaire et quasi inépuisable nous amènera à tenter de réintégrer la mort dans la vie. Sans doute, comme si cette dernière continuait.

Nathalie Bastiani

*Récits de l'Entre-Deux-Vies, Danielle Vermeulen, Ed. Albiana 2002
Edition épuisée, actualisée et rééditée sous le nom de :
"NDE et expériences mystiques d'hier et d'aujourd'hui" aux Ed. Le Temps Présent 2007

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Un message à faire passer
La plupart des "voyageurs" tombent d'accord sur ce point : Ils se sentent "investis d'une mission" et interviennent de diverses façons pour communiquer à leur prochain leur expérience de la mort et de l'après-mort. Lors de conférences ou de séminaires proposés aux familles, aux soignants, bénévoles, associations en contact avec des malades. Lors d'entretiens à domicile avec ces derniers. L'un des témoins est convaincu : "Je crois que cela servira à donner beaucoup d'amour. Ce que je voudrais, c'est qu'on ait une communion extraordinaire, qu'on donne énormément d'énergie pour les médecins du ciel".
Tous comptent bien faire passer selon les termes de l'un d'eux : "un message de paix et d'amour".

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"J'ai eu l'impression que je me dédoublais"
J'ai croisé Madame Vermeulen par hasard dans un aéroport. Pour tromper l'attente avant l'embarquement ce jour-là, j'avais décidé d'aller boire un café au bar. Toutes les tables étaient prises. Je restais soit debout, soit je demandais à quelqu'un la permission de m'asseoir. Ce que je fis et je me retrouvais face à Madame Vermeulen.
Nous nous sommes mises à discuter. Je suis moi-même une femme de lettres, elle, avait écrit cette thèse, et de fil en aiguille au cours de la conversation, je lui ai avoué que ce type de situation, atteindre les rivages de la mort et retourner dans le monde des vivants, ne m'était pas inconnu. Je l'avais vécu une fois, lors de la naissance de ma première fille, il y a presque trente-neuf ans à présent.
A l'époque, je me suis retrouvée dans un hôpital de Bastia débordé en été, où les sages-femmes avait affaire à un grand nombre d'accouchées. Après mon propre accouchement, on m'a laissé me reposer dans ma chambre, seule, séparée par une baie vitrée d'une dame qui attendait son tour.
Soudain, j'ai été victime d'une terrible hémorragie. J'ai essayé d'appeler une infirmière, mais en vain. Je me sentais incapable d'émettre le moindre son.
Alors j'ai vu quelque chose d'étrange, j'ai eu l'impression que je me dédoublais, que j'étais aspirée par une espèce de spirale blanche dans un couloir sans fin peuplé de visages flous d'archanges. Tout d'un coup, je me suis mise à entendre le tintement argentin de cloches. Je sentais qu'on voulait me prendre, m'envelopper. Mais j'étais bien.
Je me suis alors entendue dire : "Non, non, ne m'amenez pas, ma petite fille vient de naître, je veux rester, je suis encore trop jeune". J'avais vingt-trois ans.
Au bout d'un moment, d'une quarantaine de minutes, la dame d'à côté a entendu une espèce de gargouillement. Elle a appelé les infirmières. Le nécessaire a été fait et on 'a descendue en salle de soin. J'étais très mal en point le lendemain, je souffrais. Mais j'avais passé le cap de la mort.
Et surtout, je n'était plus la même, je me suis mise à faire des rêves prémonitoires. Jusqu'à cet incident, par exemple, je me suis connue très vindicative, très attachée au paraître, possessive. Ensuite, je me suis détachée de tout ceci. Maintenant plus rien ne m'effraie. J'ai peur du handicap mais pas de la mort. Cet épisode de ma vie m'a marquée. Il s'est inscrit dans ma mémoire".

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Corse Hebdo - Début juillet 2002, lors de la parution de la première édition


 
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